• post.78

     

    http://img16.imageshack.us/img16/3358/296692719632e4688b97o.jpg

     

    Je trace à l'encre noire des cœurs d'enfant craintive, je trace à l'encre noire sur les lignes égales. Je trace des espérances. Dans le creux des carreaux de mes carnets d'école, les émotions naissantes pareilles à des pétales, ont le parfum du rance.

    Petite fille duelle au caprice astreignant, mes doigts doux ne s'accrochent qu'aux images vénéneuses. Je saute entre les murs sur des attentes fiévreuses, m'isole dans des comptines aux notes nauséeuses. Refrains spasmophiliques où s'atténue encore le reflet des lumières dans nos yeux bien trop blancs.
    L'envie e(s)t le supplice.

    Ainsi donc je dessine des cœurs qui tombent en cendres, de la même manière dont on peint des remords. Les embrasements glacés et embrassements rompus; les rouges silencieux qui battent au fond du corps. Ecarlates lancinantes sous la tendre membrane de ces amours mort-nés, je force la rature.

    Je m'essaie à un trait d'élégance entravée. Sur ces quelques ébauches de ferveurs enfantines, fascinations lascives, étreintes imaginées. Les caresses qui abrasent la volonté de fuir. Sur ces douceurs terribles qu'on tente d'apprivoiser. De ces cœurs dans la marge qui dansent comme une satire, la catharsis tordue sous les mains torturées.

    C'est l'éclat aveuglant d'une raison trop vive, brute et coercitive, se répercutant dans nos moindres pensées. Ouvrant de nouvelles plaies sur fond de soie trop tendre, incisant avec peine ces furieux animaux qui grandissent en nous, du début à la faim, perdant même ses besoins, oubliant l'appétit. Le sommeil cramoisi, les attractions froissées.

    Le trouble viole le délice dans une chambre capitonnée.

    Les petits cœurs tentés virevoltent dans le Sombre des décharges électriques, provoquent des orages. Tiraillés de désir. Oppressés par l'envie. Songes antinomiques. Regards qui pétrifient. L'enthousiasme sauvage. Et par-dessus on barre, on barre et on détruit.

    Et ces dessins rêveurs d'un cauchemar déchiqueté, bribes de papier qui brûlent et crépitent dans le vent, lentes palpitations des cages insupportables, on chute à même le sol pour gratter dans la terre, à s'exploser les doigts, pour enfouir dans des gouffres les démences qui accablent, plus bas que les abîmes où nos crânes s'abîment, on gratte à même le soir pour engloutir les nuits, le corps qui nous échappe et ses organes qui crient, on s'éclate les membres à les cogner trop fort, à ces odeurs charnelles de latentes combustions, et on se brutalise en fendant nos gencives, et puis en attendant que nos fluides nous noient, et on se brutalise on ne fait plus que ça, pour ne se retrouver que dans un corps à corps, pourtant désaccordé, au-delà de l'essence, à en perdre nos sens, structure rubigineuse, qui ne se soumet pas, notre angoisse dévorante, un outil avorté, qui nous mène au seuil même.

    D'une paralysie.

     

    Photographie. Projet Medusae.


  • Commentaires

    1
    Omi
    Dimanche 25 Novembre 2007 à 18:58
    ...
    J'aime la photo et je partage le texte, bien plus que je ne m'y attendais...
    2
    passant
    Jeudi 29 Novembre 2007 à 13:12
    nous possédons les clés
    des verrous que nous avons fermés
    3
    Vendredi 30 Novembre 2007 à 02:50
    *-µ
    Nymphe est une droguée du Weird. Elle a des câbles qui sortent de partout. C'est la technologie, la modernité. La vie n'est que connection.
    4
    Samedi 8 Décembre 2007 à 20:53
    ...
    Que dire, comme toujours un texte très prenant, ça prend au ventre, ça vous prend l'âme..
    5
    Mardi 11 Décembre 2007 à 20:30
    oups
    L'image d'abord, toujours puis les mots, autre véhicule, toujours à fleur de peau, toujours sensible, toujours... riche
    6
    Mardi 11 Décembre 2007 à 21:43
    espérance
    malgré que tout nous dit le contraire. Gardons le regard vert.
    7
    dark X strange
    Samedi 29 Décembre 2007 à 01:45
    tu dechire...
    tu dechire j arrive j te decouvre c magik, contact moi.
    8
    Na
    Dimanche 30 Décembre 2007 à 14:31
    c'est tellement juste et
    comme je ne sais plus quoi dire après ce "tout " , je ne dirais "rien" , et c'est finalement déjà quelque chose de conséquent .
    9
    Jeudi 10 Janvier 2008 à 19:10
    Par analogie
    S'ennuyer... Crier... Pleurer... Suffoquer... Entourer de rouge S'enlacer seule Se caresser S'écorcher Puiser Creuser Puis Remplir de punaises Hydrater Se rappeler Contempler S'émerveiller de petites choses Créer Faire un dessin L'essentiel Jamais se reposer Prendre froid... Se réveiller... S'ennuyer... (...)
    10
    Dimanche 17 Mai 2009 à 22:41
    :-)
    Ca me fait vraiment plaisir qu'une personne faisant de si belles (même magnifiques) photos en commente une des miennes ! Superbe travaille en tout cas... Bonne continuation (=
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