
Il y a là les rideaux, clairs, à moitié tirés, la pénombre patiente, une valise éventrée, dont les tripes débordent doucement sur les draps, passablement déchirés, on ne sait plus pourquoi. Les robes, rapiécées, comme des phrases lointaines, éclats de souvenirs, nous ne les enfilerons plus, jamais, une salle d'attente. Des cartes postales jaunies par les jours qui s'écoulent, et les mots griffonnés sur leurs dos gondolés, dépourvus de tout sens, émotions d'autrefois. Dans leurs coffrets restreints, se cachent des secrets, désormais hors d'usage, on voudrait perdre la clef, devant l'absurde chute, mais immanquablement, elle reste dans nos mains. Et toujours quelques boîtes, le motif variant, curiosités externes, et ombres lasses dedans, nous ne soulevons plus les couvercles passifs. Les entrouvrant, seulement.
Nous échouons nos virgules, sur les coins de nos meubles, où tant de fois déjà, par nos gestes maladroits, sont allés y cogner les angles de nos hanches. Ils ont bleui nos reins comme des mains masculines. Nous oublions les meubles et nous les recouvrons, de feuilles de journaux qu'on aurait arrachées (les nouvelles du jour dans les nuits précédentes), des draps de nos départs et, repartons encore, suspendons nos absences dans la multitude, dans un rythme pluriel, partons main dans la main, et crachons donc Amour !, crachons donc sur la foule.
Nous recouvrons maintenant, tout ce qui est autour, jusqu'à nos heures nocturnes, tardives, de nos draps éveillés, de coups de téléphone mais aussi de grâce, nous recouvrons nos lits de nos corps agités, sous le désir trop sourd, recouvrons nos pages blanches, de nos essais contraints à la valse de la vie. Nos pas légers, jour après jour, résonnent. Dans les escaliers, de bois vieilli, vertigineux, engloutissant même la faim, spirale maline des hautes sphères; des parfums de greniers, poussiéreux et grinçants, doucement nous appellent.
Les miroirs aux tâches brunes et bribes d'autres moments, c'est notre histoire laissée entre des parenthèses. Chacun se remémore les petites attentions. Nous retrouvons des lettres, derrière des couvertures, rugueuses, de livres délaissés, et d'albums éteints. Nous découvrons des caisses pleines de vieux films que l'on court développer, l'odeur particulière des chambres dites noires, sous les lumières rouges, et plongeons dans le bac notre papier brillant, mais aussi notre hâte, comme si nous accouchions de nos propres mémoires, à demi effacées.
Nous comptons les secondes et devinons les formes, naissantes, dans le révélateur, nous avons sous nos yeux quelques réminiscences. Les sourires étalés sur des têtes enfantines, non, nous n'avons plus besoin des autres négatifs, nous sentons à nouveau sur nos langues juvéniles la substance curieuse qu'était la gélatine.
Bonne année à tous :)
Publié par nymphedark à 12:58:55 dans _ | Commentaires (7) | Permaliens

Je trace à l'encre noire des cœurs d'enfant craintive, je trace à l'encre noire sur les lignes égales. Je trace des espérances. Dans le creux des carreaux de mes carnets d'école, les émotions naissantes pareilles à des pétales, ont le parfum du rance.
Petite fille duelle au caprice astreignant, mes doigts doux ne s'accrochent qu'aux images vénéneuses. Je saute entre les murs sur des attentes fiévreuses, m'isole dans des comptines aux notes nauséeuses. Refrains spasmophiliques où s'atténue encore le reflet des lumières dans nos yeux bien trop blancs.
L'envie e(s)t le supplice.
Ainsi donc je dessine des cœurs qui tombent en cendres, de la même manière dont on peint des remords. Les embrasements glacés et embrassements rompus; les rouges silencieux qui battent au fond du corps. Ecarlates lancinantes sous la tendre membrane de ces amours mort-nés, je force la rature.
Je m'essaie à un trait d'élégance entravée. Sur ces quelques ébauches de ferveurs enfantines, fascinations lascives, étreintes imaginées. Les caresses qui abrasent la volonté de fuir. Sur ces douceurs terribles qu'on tente d'apprivoiser. De ces cœurs dans la marge qui dansent comme une satire, la catharsis tordue sous les mains torturées.
C'est l'éclat aveuglant d'une raison trop vive, brute et coercitive, se répercutant dans nos moindres pensées. Ouvrant de nouvelles plaies sur fond de soie trop tendre, incisant avec peine ces furieux animaux qui grandissent en nous, du début à la faim, perdant même ses besoins, oubliant l'appétit. Le sommeil cramoisi, les attractions froissées.
Le trouble viole le délice dans une chambre capitonnée.
Les petits cœurs tentés virevoltent dans le Sombre des décharges électriques, provoquent des orages. Tiraillés de désir. Oppressés par l'envie. Songes antinomiques. Regards qui pétrifient. L'enthousiasme sauvage. Et par-dessus on barre, on barre et on détruit.
Et ces dessins rêveurs d'un cauchemar déchiqueté, bribes de papier qui brûlent et crépitent dans le vent, lentes palpitations des cages insupportables, on chute à même le sol pour gratter dans la terre, à s'exploser les doigts, pour enfouir dans des gouffres les démences qui accablent, plus bas que les abîmes où nos crânes s'abîment, on gratte à même le soir pour engloutir les nuits, le corps qui nous échappe et ses organes qui crient, on s'éclate les membres à les cogner trop fort, à ces odeurs charnelles de latentes combustions, et on se brutalise en fendant nos gencives, et puis en attendant que nos fluides nous noient, et on se brutalise on ne fait plus que ça, pour ne se retrouver que dans un corps à corps, pourtant désaccordé, au-delà de l'essence, à en perdre nos sens, structure rubigineuse, qui ne se soumet pas, notre angoisse dévorante, un outil avorté, qui nous mène au seuil même.
D'une paralysie.
Photographie. Projet Medusae.
Publié par nymphedark à 13:12:27 dans _ | Commentaires (10) | Permaliens

In heaven, everything is fine.
In heaven, everything is fine.
In heaven, everything is fine.
Publié par nymphedark à 01:38:51 dans _ | Commentaires (0) | Permaliens

"Tu es une toute petite fille, Électre. Les autres petites filles rêvent de devenir les plus riches ou les plus belles de toutes les femmes. Et toi, fascinée par l'atroce destin de ta race, tu as souhaité de devenir la plus douloureuse et la plus criminelle. Tu n'as jamais voulu le mal: tu n'as voulu que ton propre malheur. A ton âge, les enfants jouent encore à la poupée ou à la marelle; et toi, pauvre petite, sans jouets ni compagnes, tu as joué au meurtre, parce que c'est un jeu qu'on peut jouer toute seule."
Les Mouches, Jean-Paul Sartre.
Publié par nymphedark à 11:36:18 dans _ | Commentaires (8) | Permaliens

Il y a cette passion qui ronge les organes. Dissoute dans le sable de nos minutes, elle se renverse sans cesse, déverse son poison. Nous sommes assis dans nos propres esprits comme dans les sièges sales d'un ancien cinéma, les rideaux s'entrouvrant telles des lèvres vaginales et laissant percevoir le danger calfeutré qui nous guette au delà. Tellement doux à l'effleurement, tellement âcre à l'attachement.
Une folie impalpable, délire asphyxiant que l'on chasse de la main ; et malgré tout nous prend, nous hante à l'identique de ces caresses rêveuses d'un passé sur lequel on ne tourne pas les pages. Comme un carnet d'enfant aux lignes écorchées dont on garde la clef, que l'on dénude par amour du supplice ou simple cruauté, envers nous-mêmes, et nous sommes seul.
Un goût sensiblement amer sur nos langues mélangées, qu'on tente d'annihiler, mais qui après l'averse, s'ouvre dans le réel comme une corolle épaisse, alors nous constatons. Oui cette amertume froide est notre condition: nous éclosions dans des fleurs parfumées et nous dépérirons dans des fanes purulentes.
Nous sommes terrorisés autant qu'émerveillés par ce dur architecte, inconscient et quelconque, qui toujours nous habite tel un imaginaire; l'attirance du néfaste circulant dans nos veines selon ses plans terribles... qui pourtant ne sont autres que les pénibles nôtres.
Nous accusons sans cesse.
Nous créons en nous-mêmes des spectacles mauvais et cependant promis à une forte audience.
La part d'altruisme et le coeur éperdu luttent au fond de nos gouffres, s'indignent du charme grave que nous apprécions dans l'amoindrissement. De la chute superbe des dévotions externes, de notre amour obscène pour les fascinations se transformant en cendres. Mais nous ne faisons rien.
Photographie. Digitale.
Publié par nymphedark à 23:08:03 dans _ | Commentaires (7) | Permaliens
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