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Je trace à l'encre noire des cœurs d'enfant craintive, je trace à l'encre noire sur les lignes égales. Je trace des espérances. Dans le creux des carreaux de mes carnets d'école, les émotions naissantes pareilles à des pétales, ont le parfum du rance.
Petite fille duelle au caprice astreignant, mes doigts doux ne s'accrochent qu'aux images vénéneuses. Je saute entre les murs sur des attentes fiévreuses, m'isole dans des comptines aux notes nauséeuses. Refrains spasmophiliques où s'atténue encore le reflet des lumières dans nos yeux bien trop blancs.
L'envie e(s)t le supplice.
Ainsi donc je dessine des cœurs qui tombent en cendres, de la même manière dont on peint des remords. Les embrasements glacés et embrassements rompus; les rouges silencieux qui battent au fond du corps. Ecarlates lancinantes sous la tendre membrane de ces amours mort-nés, je force la rature.
Je m'essaie à un trait d'élégance entravée. Sur ces quelques ébauches de ferveurs enfantines, fascinations lascives, étreintes imaginées. Les caresses qui abrasent la volonté de fuir. Sur ces douceurs terribles qu'on tente d'apprivoiser. De ces cœurs dans la marge qui dansent comme une satire, la catharsis tordue sous les mains torturées.
C'est l'éclat aveuglant d'une raison trop vive, brute et coercitive, se répercutant dans nos moindres pensées. Ouvrant de nouvelles plaies sur fond de soie trop tendre, incisant avec peine ces furieux animaux qui grandissent en nous, du début à la faim, perdant même ses besoins, oubliant l'appétit. Le sommeil cramoisi, les attractions froissées.
Le trouble viole le délice dans une chambre capitonnée.
Les petits cœurs tentés virevoltent dans le Sombre des décharges électriques, provoquent des orages. Tiraillés de désir. Oppressés par l'envie. Songes antinomiques. Regards qui pétrifient. L'enthousiasme sauvage. Et par-dessus on barre, on barre et on détruit.
Et ces dessins rêveurs d'un cauchemar déchiqueté, bribes de papier qui brûlent et crépitent dans le vent, lentes palpitations des cages insupportables, on chute à même le sol pour gratter dans la terre, à s'exploser les doigts, pour enfouir dans des gouffres les démences qui accablent, plus bas que les abîmes où nos crânes s'abîment, on gratte à même le soir pour engloutir les nuits, le corps qui nous échappe et ses organes qui crient, on s'éclate les membres à les cogner trop fort, à ces odeurs charnelles de latentes combustions, et on se brutalise en fendant nos gencives, et puis en attendant que nos fluides nous noient, et on se brutalise on ne fait plus que ça, pour ne se retrouver que dans un corps à corps, pourtant désaccordé, au-delà de l'essence, à en perdre nos sens, structure rubigineuse, qui ne se soumet pas, notre angoisse dévorante, un outil avorté, qui nous mène au seuil même.
D'une paralysie.
Photographie. Projet Medusae.
Publié par nymphedark à 13:12:27 dans _ | Commentaires (10) | Permaliens
17-05-2009 22:41
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